Histoire de la forge de lames au Japon

Couteau Japonais sur mesure forgé main Yanick Forgeron CoutelierLongtemps, et encore, associé au cadre fantasmatique de ses traditions ancestrales, le Japon a connu en même temps que l’Europe un processus de modernisation à la fin du 19e siècle. Couteau Japonais sur mesure forgé main Yanick Forgeron Coutelier

Le livre, de l’historien  Pierre-François Souyri, Nouvelle Histoire du Japon parut chez Perrin nous éclaire sur cette période. Pierre- François Souyri est professeur à l’université de Genève où il enseigne l’histoire du Japon. Ancien professeur à l’Inalco et ancien directeur de la Maison franco-japonaise, il a séjourné de nombreuses années au Japon. Il est sans doute l’un des meilleurs historiens européens de ce pays.

Après la restauration impériale de 1868, au début de l’ère Meiji, commence ce que l’historiographie japonaise nomme l’époque de « la civilisation et des Lumières » (bunmei kaika). Dans le Japon d’alors, il s’agit avant tout d’occidentaliser les mœurs et les coutumes japonaises. Le Japon s’engage dans un processus visant à adopter des comportements conformes à ce que connaît l’Occident. Il devient par exemple interdit d’uriner dans des espaces publics, de faire commerce d’estampes jugées immorales, la nudité est proscrite. L’empereur va également interdire le port du sabre en accord avec ses élites samouraïs qui a cette époque rejette le bushido (le code des principes moraux que les samouraïs japonais étaient tenus d’observer) car relevant d’une sauvagerie rétrograde et un peu rustre. Ils  lui préfèrent la Voie du lettré (ensemble de comportement où retenue, culture et don de soi sont mis en avant).Un certain nombre de samouraïs se reconvertiront dans le monde des affaires. D’autres se mettront au service de l’État en entrant en politique

( Plus tard au XX siècle, le bushido sera réinterprété par des penseurs nationalistes pour être mis au service du nouvel état nation et de son armée nationale et non plus de castes.)

Conséquence de cette réforme, les forgerons vont être contrains d’abandonner la forge du sabre, par manque de commande, pour se reconvertir dans la forge d’outils agricoles et la coutellerie. Beaucoup ne survivront pas à ces changements, la pauvreté aura raison de leur sort.

Couteau Japonais sur mesure forgé main Yanick Forgeron Coutelier

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Quelques villes productrices de couteaux

TAKEFU ou ECHIZEN

Après avoir fusionné en 2005, Takefu fait désormais parti de la ville D’Echizen, dans le nord de la région de Chùbu, préfecture Fukui.

A l’origine Takefu fût célèbre pour ses outils agricoles grâce à un artisan qui forgeait, il y a 700 ans, des faucilles d’une grande qualité. Très vite des couteaux furent forgés au marteau et le sceau d’Echizen Uchi-Hamono fût le numéro un de la production au Japon pendant une période. Plusieurs écrits japonais parlent de ses produits célèbres de grande qualité.

TOSA

Ville située dans l’île de Shikoku ayant pour préfecture Kòchi.

Du fait de sa situation géographique reculée, cette région a développé différentes coutumes et traditions, produisant des lames au style unique. Les premières forges étaient dédiées pour les outils agricoles et la pêche. Aujourd’hui les couteaux sont toujours forgés au marteau et ont une finition brute dite kuro-uchi.

NIIGATA et SANJO

Situé tout au nord de la région de Chùbu.

Au 17e siècle, la ville est relancée économiquement grâce à la forge de clous, puis les forgerons vont élargir leur gamme avec des outils agricoles qui deviendront très réputés. Les forgerons, de père en fils, se tourneront ensuite avec la forge de couteaux de cuisine remplaçant les outils, à cause de l’ouverture de grandes usines.

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SEKI

Situé au centre de l’île dans le sud de la région de Chùbu ayant pour préfecture Gifu.

Depuis 800 ans Seki est une ville de forge reconnue, anciennement pour ses katanas réputés dans tout le Japon. Il est dit que cet art fût amené par un célèbre forgeron vers 1200, qui s’installa à Seki pour la qualité de la terre, du charbon et l’abondance d’eau pure.

Aujourd’hui la ville est devenue la capitale de la coutellerie moderne (au contraire de Sakai capitale de la coutellerie traditionnelle) avec beaucoup de nouvelles industries. C’est ici que se déroule chaque année le plus grand salon du couteau au Japon. Les couteaux sont forgés avec de nouveaux aciers, on y fabrique aussi plus de pleines soies, avec des formes plus occidentales.

SAKAI

Ville portuaire près d’Osaka dans la région de Kansai.

A l’origine c’est pour la coupe des feuilles de tabac, production vers 1540 à la demande des portugais, que les premières lames virent le jour. Ces couperets devinrent rapidement célèbres grâce à leur tranchant et Sakai fût synonyme de qualité.
Les forgerons de Sakai ont collaboré ensemble depuis le début se partageant les différents processus de fabrication. C’est cette particularité unique qui fait qu’encore aujourd’hui les forgerons de Sakai portent le nom des anciennes familles ou associations de couteliers.

La ville est la capitale de la coutellerie artisanale (au contraire de Seki capitale de la coutellerie « moderne ») avec beaucoup de vieilles familles et de petits ateliers.
Les couteaux sont donc le plus souvent traditionnels, acier carbone et lame à biseau, avec une spécificité au niveau de l’emmanchement, sur certains modèles la soie n’est pas complètement rentrée.

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